01.09.2011
Le sang coule, les Chrétiens dorment
Nous sommes en guerre et nous ne le savons pas.
Nos ennemis, les promoteurs de l'anti-culture de mort, largement maçonnisés, eux le savent bien. Mais nous, trop contents qu'en France le laïcisme idéologique nous laisse à peu près vivre notre foi, bourgeoisement, nous nous satisfaisons de quelques grognements dans nos salons et dans nos sacristies, tandis que le législateur, asservi aux pressions idéologico-financières, bouleverse tranquillement les fondements mêmes de l'ordre naturel.
Si l'Etat s'arroge indûment le pouvoir sur les consciences et sur les vies, c'est parce que par confort nous avons préféré lui abandonner notre responsabilité. Si notre pays, tranquillement, met en place un eugénisme d'Etat à travers le dépistage systématique des embryons jugés indésirables (et en premier lieu, des trisomiques), rattrapant les pires horreurs totalitaires et les pires cauchemars de la Science-fiction, c'est parce que nous n'avons pas eu le courage de le voir et de le dénoncer.
Nous sommes trop gentils - en fait, souvent, profondément débiles.
A cause de notre lâcheté, de notre aveuglément, de notre souci du consensuel, nous tendons la main à notre adversaire, au lieu de le désarmer. Nous l'embrassons au lieu de l'affronter. Nous avons oublié qu'à la suite du Christ, nous sommes appelés à être "signes de contradiction", parce que nous servons l'amour et non pas la puissance, la vie et non pas la mort. Parce que nous sommes dans le monde, mais pas du monde. Nous avons oublié que nous étions levain et non pas farine, sel et non pas sucre.
(Prêtres et non pas proies, prophètes et non pas carpettes, rois et non pas rats !)
Nous, Chrétiens, avons manqué trop longtemps à notre mission de témoins de la vie, contre tous les processus de déshumanisation (désincarnation/déspiritualisation) : de l'avortement de masse à l'euthanasie, en passant par la destruction de la famille, le délire du Gender, la marchandisation et la virtualisation des rapports sociaux, le déracinement de masse, le saccage productiviste de la nature, etc., nous finissons par tout accepter et tout légitimer.
Par crainte de jouer les sempiternels Cassandre, nous sommes devenus des scaphandres - inertes, maladroits, engourdis, engoncés, silencieux, ridicules. Nous ne nous réveillons qu'au crépuscule. Au lieu d'être des veilleurs, des guetteurs de l'aube, nous sommes des râleurs du petit soir, experts dans l'art de lancer les batailles quand elles sont déjà perdues (cf. l'agitation légitime mais hélas bien trop tardive contre l'intégration de l'idéologie du gender à l'école) : en plus d'être impuissants, nous sommes grotesques.
(Epées dans l'eau. Banderilles dans le sable.)
Notre indécrottable complexe d'infériorité à l'égard des idéologies dites progressistes, profondément mortifères, nous paralyse quand il faudrait s'activer. Nous perdons à chaque fois, parce que nous préférons la modération à la radicalité. Parce que nous nous fions aux intentions plutôt qu'aux actes (tel candidat parle de "dignité humaine" ou prétend "liquider 68", et emplis de gratitude, la larme à l'oeil, nous courons le soutenir). Parce que nous regardons les détails (en juin 2011, l'UMP vote encore contre la parodie homosexuelle du mariage) et négligeons les tendances (on y arrive, cf. la déclaration clairvoyante de Bachelot). Parce que nous refusons de trancher, d'entrer en dissidence, de prendre le maquis. Parce que nous oublions que nous avons à transmettre au monde une parole brûlante, exigeante, proprement révolutionnaire, qui est l'Evangile même, le scandale des Béatitudes, seul antidote définitif aux maux qui nous accablent.
C'est pourquoi, afin de mieux servir le bien commun (influencer les débats, peser dans les décisions), il nous faut retrouver enfin le courage de l'adversité : faire face pour faire masse, dénoncer pour déciller, résister pour avancer, proposer pour rassembler. Car c'est par l'audace, l'intelligence, la lucidité, de notre prise de parole que s'ouvre le témoignage politique auquel de toute urgence, aujourd'hui comme hier, l'Evangile nous appelle.
Témoignage, oui, c'est-à-dire martyre.
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