23/09/2014

"Mariage" LGBT : supercherie criarde, vérité muette ?

AAA.jpgUn ami lyonnais nous envoie ces stimulantes réflexions sur la manière dont est confisqué le débat sur la contractualisation du mariage et le bouleversement de la filiation (extraits) :

On s’est beaucoup étonné de la déclaration de Mgr Vingt-Trois, samedi dernier à Lourdes, sur le « mariage » homosexuel qu’il a tout bonnement qualifié de « supercherie ». Ce terme nous renseigne bien sur la nature du débat auquel on prétend nous soumettre. D’après le Littré, la supercherie est une « tromperie, faite avec finesse ». Chacun sait et, malheureusement, chacun sait bien souvent à ses dépens, que dans l’art de tromper, la finesse fait tout. [...] La supercherie n’est pas une simple tromperie, mais le superlatif de la tromperie ; ce n’est pas la simple volonté de tromper, mais la volonté de tromper qui a su se donner tous les moyens, qui a su s’épargner tous les hasards pour aller inexorablement à son but. [...] La supercherie, c’est le mensonge qui devient un destin, un ressort de premier choix pour l’intrigue tragique. C’est pourquoi Littré, qui fait bien les choses, a choisi ce vers de Corneille pour illustrer sa définition : « Elle est si bien tissue / Qu’il faut manquer de sens pour douter de l’issue ». [...] Je voudrais partir d’un fait tout récent pour illustrer ce que Corneille formule très bien. Dimanche, une élue PS du Nord, Mme Désirée Duhem a annoncé le mariage de deux femmes samedi prochain dans sa mairie. Elle a pris la liberté de demander « un peu d’indulgence au gouvernement » parce que la loi a pris du retard et que les deux jeunes femmes « avaient déjà loué une petite salle pour la fête ». Au cas où son argument n’était pas tout à fait convaincant, elle précise que ce couple lesbien a déjà subi des « discriminations par le passé » et « veut faire avancer les choses ». Tout cela peut nous chagriner, effectivement, mais il y a plus grave que cela [...], c’est de vivre dans un Etat où ce genre de mascarade devient – je ne dis même pas possible, mais envisageable, c’est de vivre dans un Etat où la solidité des institutions est menacée par le petit caprice d’une éplorée qui a un problème de salle des fêtes, c’est d’être citoyen d’un Etat qui n’hésite pas à sacrifier la notion même de loi devant la première hystérie progressiste venue. Où est la tromperie ? La tromperie, ici, c’est de faire croire qu’un débat est possible alors même qu’on l’a clos depuis longtemps, et que ceux qui ont été désignés pour le conduire ne cessent de faire preuve d’une malhonnêteté intellectuelle confondante. [...] La tromperie, c’est d’abord de confisquer le débat aux Français sur une question qui n’est même plus une question de société mais de civilisation. On pourrait m’objecter qu’il est délicat de parler de tromperie si les Français sont d’accord. C’est vrai, [...] mais pourquoi les Français sont-ils favorables à ce projet ? D’abord parce qu’on escroque notre accord en présentant cette loi comme un destin auquel il faut nous résigner, ensuite parce qu’on nous ment. On nous trompe délibérément en nous disant que le mariage est la reconnaissance par la société d’une relation amoureuse. Ce n’est pas vrai : le mariage, juridiquement et anthropologiquement, est l’union devant la société d’un homme et d’une femme en vue de la procréation pour protéger la filiation. Ce n’est pas seulement un contrat mais une institution, ce qui signifie que l’union conjugale n’est pas le résultat d’un désir individuel mais d’un besoin de la société, qui est la préservation de la famille. A ce titre, il faut être suffisamment clair : la société n’a pas besoin de couples homosexuels, et pour fabriquer ce besoin, on voit bien que la seule solution, c’est de fabriquer des enfants. Je doute que les Français soient favorables à la fabrication industrielle d’enfants et à la destruction irréversible des liens de filiation. On nous trompe en nous disant que la plupart des homosexuels veulent se marier et, là encore, ce n’est pas vrai. La plupart des homosexuels assument le choix d’une certaine marginalité et, avec bon sens, ils ne voient pas l’intérêt d’intégrer une norme pour la subvertir. Pourquoi ne pas dire que ces revendications, qu’on confond bien vite avec l’intérêt général, émanent de groupes de pression ultra-minoritaires qui ont d’abord pris en otage la communauté homosexuelle avant de braquer l’opinion française ? Mgr Vingt-Trois n’a pas mal été inspiré de dire que le prétendu « mariage pour tous » est « le mariage de quelques uns imposé à tous ».

Pour en revenir aux sondages, leur tendance récente souligne une baisse significative des opinions favorables au projet. [...] Devant ce qui ressemble à une timide prise de conscience, il est permis de poser la question : un travail de vérité peut-il mener à l’abandon de cette loi, alors que le débat sur le « mariage pour tous » est verrouillé par le mensonge de son contenu, la précipitation déterminée des législateurs mais aussi, car c’est là la vraie finesse de cette tromperie, par la bêtise de ses défenseurs ? Non pas qu’ils soient bêtes, entendons-nous : [...] disons qu’ils sont fins stratèges, car la bêtise, cette arme politique, tient un rôle éminent dans la supercherie : elle est le meilleur moyen de prévenir ses failles, de colmater les brèches que viendrait percer un argument trop audacieux. [...] Il y a de la part des défenseurs du « mariage pour tous », des arguments qu’ils se déshonorent d’avoir et auxquels on se déshonorerait de répondre : par exemple, quelqu’un a-t-il jamais cru à cet argument qu’un enfant serait tout aussi heureux dans un couple homosexuel sous prétexte que certains parents hétérosexuels boivent ? Voilà ce qu’en temps de crise, on appelle « argument ». [...] Chacun voit bien que sur ce sujet, il ne s’agit pas de discuter argument contre argument, mais de verrouiller le débat par la bêtise et les larmes faciles.

C’est pour cela que le mot du Cardinal Vingt-Trois a déplu, il a brisé la chaîne. [...] Face à l’argument, car c’en est un, on manie l’ironie comme on peut : on rappelle à l’Eglise qu’elle doit se taire dans un pays laïc, qu’elle doit vivre avec son temps, obtempérer, on lui rappelle à l’occasion – et avec quelle élégance ! – que Jésus aussi avait deux papas et ne s’en portait pas plus mal, on lui explique que si elle prétend défendre une religion de l’amour et de la tolérance elle n’a qu’à aimer, tolérer et se taire. Voilà. On croit s’en tirer avec une petite saillie voltairienne, on ricane cinq minutes, mais trois haussements d’épaule plus tard, on se retrouve quand même confronté à cette accusation, inhabituelle et violente : Supercherie ! Vous trompez les gens ! L’argument n’est pas moral, il n’est pas religieux : c’est un jugement politique qui prend au dépourvu. Pourquoi vient-il de l’Eglise ? Je crois que c’est parce qu’elle croit encore en la vérité et qu’à ce titre elle peut dénoncer un mensonge. Dénoncer une supercherie annonce un combat difficile. C’est, d’un seul geste, se déclarer en guerre et s’avouer presque vaincu, car l’ennemi, lui aussi d’un seul geste, a pris l’initiative en même temps que l’avantage. Sun Tzu, le général chinois qui connaissait son métier, a brillamment défini l’art de la guerre comme un art de la supercherie : c’est elle qui permet de gagner la bataille avant même qu’elle ne soit livrée, avant même que l’ennemi se sache en guerre. Se savoir en guerre, voilà chose faite. Reste, pourquoi pas, à la gagner. Rousseau, qui avait de l’imagination, se plaisait à rêver de la cuisante défaite d’une armée de chrétiens face à Sparte : « les pieux chrétiens seront battus, écrasés, détruits, avant d’avoir eu le temps de se reconnaître, ou ne devront leur salut qu’au mépris que leur ennemi concevra pour eux ». Il ne s’imaginait certainement pas qu’il leur serait plus difficile encore, quelques siècles plus tard, de l’emporter face à une poignée de Béotiens.

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